Rencontre avec Martin Gil
Né dans la province de Córdoba, en Argentine, Martín Gil est danseur, interprète, chorégraphe, enseignant de danse contemporaine et chanteur.
Une belle rencontre de Marguerite La Rochelaise lors de son séjour rochelais.

Martin Gil, en trois mots ?
C’est difficile ça ! Energie, mauvais garçon, ancré.
Un souvenir ou évènement marquant ?
Le moment où j’ai été sélectionné pour entrer dans la compagnie de danse contemporaine argentine à Buenos Aires. Je ne m’y attendais pas du tout car ce n’est pas moi qui avait fait la démarche initialement. C’était une audition pour un seul poste, masculin. La Compagnie comptant 10 danseurs et 10 danseuses. C’est un ami danseur qui m’a parlé de cette audition à laquelle il s’est rendu lui aussi. Au moment où l’on devait présenter le dossier, la vidéo et le CV je me trouvais chez mes parents à Cordoba, à la campagne, qui se trouve assez loin de Buenos Aires. Il s’est trouvé que mon cousin, habitant à Buenos Aires, était en vacances chez nous. C’est lui qui a déposé mon dossier, ma vidéo et mon CV en rentrant chez lui. Peu de temps après j’ai reçu un appel de la Compagnie m’informant que j’étais sélectionné pour l’audition. Je me suis donc rendu à Buenos Aires. Nous étions 50 danseurs sélectionnés sur 350 dossiers ! Je me suis présenté vraiment en mode tranquille… Et j’ai été sélectionné ! Un évènement vraiment marquant.
Ton rêve le plus fou ?
Mon rêve est plutôt un projet que je commence à fabriquer. Un rêve lié à ma propre histoire. Je viens d’un tout petit village au milieu de la campagne dans la province de Córdoba en Argentine. J’ai eu la chance d’avoir dans ma famille des personnes qui faisant de la musique et de la danse. C’est eux qui m’ont contaminé (rires). Dès l’âge de 7 ans j’ai commencé la danse folklorique avec mes cousins et cousines accompagné en musique par mes oncles et tantes qui jouaient de la guitare et de l’accordéon. J’avoue avoir été privilégié car dans tous les petits villages en Argentine peu d’enfants ont la chance d’avoir une famille danseuse et musicienne. Mon rêve serait de proposer une école d’art mobile qui irait de villages en villages en Argentine, un peu sur le modèle des cirques itinérants. Qui s’installerait pendant quelques semaines pour donner des cours de danse, de théâtre, de musique mais aussi de la technique et des arts plastiques. Avec des artistes et professeurs qui m’accompagneront. Acheter un grand bus et en faire une sorte d’hôtel itinérant. L’envie étant d’apporter et partager l’art sous toutes ses formes dans les endroits où il est peu ou pas présent.
Futur(s) projet (s) ?
Je vis actuellement en France et j’ai envie de continuer à développer ma vie d’artiste ici. J’habite depuis huit ans à Lyon et j’ai pour le moment uniquement développé un travail d’interprète. J’ai commencé mes premières recherches en qualité de chorégraphe en Argentine et réussi à monter deux spectacles à Buenos Aires ainsi que quelques performances dans des festivals. Cela fait maintenant un peu plus d’une année que j’ai commencé un projet chorégraphique en tant que créateur avec un spectacle appelé « Tordu ». Un spectacle autour du rock et des concerts de rock argentins. C’est mon premier projet en France. De façon plus générale dès que j’ai un questionnement, une pulsion c’est la danse, la musicalité et le corps qui entrent en action. Je suis en réflexion d’un futur projet sur les sens de l’appartenance : qu’est ce qui m’appartient ? A qui j’appartiens ? A quoi j’appartiens ? Qu’est ce qui appartient à ma culture ? A mon histoire ? A mon territoire ?
Le(s) mot(s) de la fin ?
J’ai envie de citer une femme cinéaste argentine, Lucrecia Martel, qui s’est beaucoup interrogée sur la question de l’appartenance et de l’appropriation culturelle, sujets qui me touchent profondément. Son dernier film « Nuestra Tierra » parle de la territorialité, la répartition et le partage des territoires. Elle dit qu’il faut « aller dans le bon sens de l’appropriation », sans idée capitaliste ou colonialiste. Il faut s’approprier sa culture pour la questionner et la confronter aux autres cultures, sinon on sombre dans l’uniformité.

Martin Gil © Lucie Gagneux
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